PROGRAMME

Signatures

JUNGLE invite des artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles à rencontrer le public de façon informelle et dédicacer leurs livres. Le résultat, jugez-en vous-même ! La JUNGLE est sacrément bien fréquentée !

Avec Pierre Bailly, Etienne Beck, Chloé Perarnau, Benoît Jacques, Pascal Lemaître, Hugo Piette, Anne Brugni, Loïc Gaume.

Pierre Bailly

En signature samedi 21 avril

Si quelqu’un peut revendiquer l’héritage de Zdeněk Miler, le génial créateur tchèque de « La Petite Taupe », c’est Pierre Bailly !

« Petit Poilu », depuis sa naissance en 2004, est devenu un véritable phénomène, connu et reconnu des enfants dès l’âge de la maternelle. « Petit Poilu » (les histoires de Céline Fraipont et le dessin de Pierre Bailly), c’est une perle que l’on chérit. Il faut une sacrée dose d’humanité pour parler aux enfants avec autant de justesse d’amitié, de gentillesse, d’empathie, de l’importance de faire confiance à l’inconnu, du goût du jeu et de l’aventure, de la curiosité pour l’autre et sa différence, de l’importance de s’élever contre l’injustice, de savoir choisir le faible contre le fort mais de reconnaître aussi la part de faiblesse du fort, et de dépasser les apparences. Il y a dans les aventures de « Petit Poilu » tant de leçons de vie joyeuses et chaleureuses, mais jamais scolaires ni manichéennes ! En témoigne particulièrement la dernière aventure en date, « Chandelle- sur-Trouille », qui aborde avec une infinie subtilité la question de l’accueil des réfugiés et des peurs qui l’accompagnent. « Petit Poilu », c’est ça : de la chaleur humaine à hauteur d’enfant.

« Petit Poilu », à Liège, on l’a vu naître. Il fait partie de notre famille – et maintenant, on le regarde avec amour et fierté se faire de nouveaux amis dans les familles du bout du monde, jusqu’en Chine. Depuis peu, il a pris vie dans une série de dessins animés dont le processus de création a entièrement été maitrisé par Pierre et Céline, gage de respect de l’esprit et de la qualité graphique des livres originaux.

Etienne Beck

En signature dimanche 22 avril

Etienne Beck est né à Amiens en 1981. Il a étudié l'illustration à l'École Supérieure des Arts Saint-Luc à Bruxelles. Son travail graphique ne connaît pas de barrières et il se montre aussi aventureux dans ses livres pour enfants, élégants et sophistiqués, que dans ses livres pour adultes, à l'humour corrosif et dédaigneux des convenances (graphiques, notamment – par exemple, le formidable « Monsieur Pixel » à L’Employé du Moi, ou le récent « Le Grrraaou » avec Jonvon Nias chez FRMK). Etienne Beck varie les techniques graphiques et narratives, ce qui donne à chacun de ses livres une identité aussi forte que surprenante.

Il a publié deux livres pour enfants aux éditions MeMo : « P'tigars-P'tidoigt », un conte d'Afanassiev traduit par André Markovitch et Françoise Morvan, et « Le Kraspek », écrit par Françoise Morvan sur la base d'un autre conte d'Afanassiev. Ses illustrations emmènent les lecteurs vers des univers graphiques dont les racines plongent dans un expressionisme intensément coloré (on pense à des russes comme von Javlensky ou Kandinsky), dans le fauvisme de Matisse, mais aussi dans un symbolisme inquiétant, faisant écho au mystère des contes traditionnels russes. Il avait auparavant réservé un traitement irrévérencieux et incroyablement drôle à un autre conte sous le titre « Le Petit Poussé », publié aux éditions naïve.

Les livres d'Etienne Beck sont de vraies pochettes surprises : on ne sait jamais à quoi s'attendre. Ou plus exactement, on sait que ce sera quelque chose auquel on ne s'attend pas, parce que son inventivité et sa manière de jouer avec les techniques et les niveaux de lecture ne peuvent que bousculer. Que demander de mieux ?

Anne Brugni

En signature samedi 21 et dimanche 22 avril

Anne Brugni est française, elle vit à Bruxelles où elle partage son temps entre l’illustration, la céramique et l’animation d’ateliers pour enfants. Elle est à la base du collectif « Hôtel rustique », lieu de rencontres et d’expérimentations artistiques qui édite et imprime des images à petits tirages, produit des disques et organise des concerts.

En 2014, paraît son premier livre pour la jeunesse, « Bonjour », sur un texte de McCloud Zicmuse (compositeur, musicien, chanteur du groupe Le Ton Mité). Cet album contemplatif retrace le récit d’une journée à travers les petits et grands évènements de la nature. Réalisées avec un mélange de collages et d’aquarelles et agrémentées de couleurs fluos, les images d’Anne Brugni composées de figures abstraites et organiques rappellent les éléments naturels comme la terre, la roche, l’eau, le feu… Un deuxième livre paraît en 2017, « Chemin », qui raconte avec les mêmes outils graphiques et narratifs l’itinéraire d’un caillou, depuis sa naissance dans le magma du noyau terrestre jusqu’au moment où il est ramassé par un enfant, sur une plage. Le travail graphique d’Anne Brugni est immédiatement reconnaissable. Il est fait de mille nuances mises en valeur par des compositions riches et variées, créant un effet poétique sans cesse renouvelé au fil des relectures – car on se sent tellement bien dans les livres d’Anne Brugni que l’on y revient souvent. Ces deux livres ont été publiés, avec grand soin, aux éditions de L'Articho.

Anne présentera une installation inédite dans le cadre de l'exposition « Aires de jeux » qui prendra place, le temps du festival, dans la salle du centre culturel « Les Chiroux ».

Loïc Gaume

En signature samedi 21 et dimanche 22 avril

La revue Hors cadre[s] ne s'y est pas trompé en choisissant, pour illustrer la couverture de son numéro 20 consacré aux Nouvelles perspectives dans le domaine de la littérature jeunesse, le travail du talentueux Loïc Gaume.

Primé à Bologne en 2017 pour son recueil de Contes au carré paru chez Thierry Magnier, cet ancien étudiant de La Cambre dit avoir été touché par les mots du jury qui ont récompensé sa « narration innovante ». C'est au travers de cette quarantaine de contes racontés en quatre cases seulement que Loïc Gaume pousse au maximum son travail sur les archétypes : ainsi, il réussit à révéler par son trait d'une extrême simplicité, les trames sous-jacentes qui régissent la plupart des contes occidentaux ou à faire se croiser et recroiser le même loup, le même ogre, le même roi et la même princesse d'un conte à l'autre, tout en réussissant à ne raconter jamais la même histoire. On imagine tout le travail de recherche qu'il y a eu pour arriver à cet essentialisme du conte.

Il est également l'auteur d’un nouveau livre paru chez l’éditeur belge Versant Sud, « Clac, la trappe ». Alors que Jack le petit livreur s'apprête à livrer une pièce montée, il se retrouve happé par un étrange grenier. Là encore, Loïc Gaume simplifie l'image pour mettre l'action en avant. Et l'on sent à nouveau quel plaisir il a à explorer ce territoire immense, cette grande plaine de jeu qu'est le processus narratif.

Le travail de Loïc est aussi clairement influencé par l'OuBaPo, l'Ouvroir de bande dessinée potentielle. Il se rattache à ce mouvement en participant à feue la revue « Lapin »publiée par l’Association. On peut régulièrement voir son travail dans les revues « Cuistax », « 24h01 », Karoo et « Citrus » et bien sûr dans la maison d'édition qu’il a lui-même fondée, Les Détails.

En janvier de cette année, Loïc Gaume a animé un atelier avec les étudiants de la section illustration de l’ESA Saint-Luc Liège. Ses dessins seront exposés en regard des travaux des étudiants. L’exposition « MAP » sera accessible le temps du week-end du festival à la Société libre d’Émulation.

Benoît jacques

En signature samedi 21 et dimanche 22 avril

Benoît Jacques est un électron libre, un auteur et illustrateur qui creuse depuis près de trente ans un sillon sans comparaison dans l’édition. Après des études à Bruxelles à l’Académie des Beaux-Arts puis à La Cambre, Benoît Jacques a travaillé dans un studio de graphisme à Londres, comme illustrateur dans la presse internationale (du New Yorker à El País en passant par Le Monde) et comme assistant de l’illustrateur américain R. O. Blechman, l’auteur de « Franklin la mouche » (en français aux éditions Panama). C’est surtout à partir de la création de sa propre maison d’édition, Benoît Jacques Books, en 1989, où il publie exclusivement son travail, que son œuvre se déploie et devient incontournable dans le paysage éditorial. Benoît Jacques y a publié plus d’une quarantaine de livres, auxquels s’ajoutent des flip-books et des estampes. Il faut y ajouter quelques livres chez d’autres éditeurs, dont le formidable « L », en 2010 à L’Association, récit cathartique et génialement inspiré d’un trouble personnel.

Benoît Jacques ne respecte les parois d’aucune case dans laquelle on voudrait le ranger. Ses livres s’adressent tantôt clairement à des enfants, tantôt à des adultes, le plus souvent à tous les âges pour autant qu’on y entre avec un goût pour l’humour autant que la poésie. Benoît Jacques conçoit et fabrique des livres comme des objets d’artisanat de très grande qualité, choisissant avec soin les encres, le papier et la reliure pour leur donner à chacun une identité forte. Eaux fortes, dessin, linogravure… toutes les techniques graphiques sont explorées avec autant de talent et, il faut le signaler, le travail formel du texte (ce qui inclut sa typographie) est celui d’un véritable écrivain. Benoît Jacques a reçu en 2012 le Grand Prix Triennal de littérature de jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui récompense une contribution remarquable au domaine.

Le trait de Benoît Jacques fait aussi écho à celui des grands noms de la tradition tchèque, au premier rang desquels Jiří Šalamoun. Sa présence au cours de cette deuxième édition de Jungle, qui rend hommage au grand maître, est donc pour nous particulièrement importante.

Pascal Lemaître

En signature samedi 21 avril

Pascal Lemaître est l’un des piliers du catalogue des éditions Pastel. Il est né en 1967 et a fait ses études dans l'atelier de communication graphique de La Cambre où il enseigne maintenant. Il mène en parallèle une activité d’illustrateur pour la presse internationale (The New Yorker, The New York Times, Le Monde, Libération, Le 1, La Croix…) et une carrière d’auteur et illustrateur de livres pour enfants. Si Pastel est son éditeur de référence en Belgique, il a aussi illustré des livres parus dans les pays anglo-saxons aux éditions Simon & Schuster, Scholastic et Penguin Books. Parmi eux, citons le merveilleux « The book of mean people » avec Slade et Toni Morrison. Il est aussi très régulièrement présent dans des revues pour enfants telles qu’Astrapi ou J’aime lire. Si le travail graphique de Pascal Lemaître trouve aussi facilement sa place dans l’édition francophone et anglophone, c’est peut-être parce que son dessin est au croisement des deux traditions, l’inscrivant dans une famille où se retrouvent André François, Tomi Ungerer, William Steig ou Quentin Blake. Peut-être est-ce aussi une des raisons pour lesquelles son dessin, si dynamique et libre, sert des textes destinés aux adultes avec autant de justesse que quand ils sont écrits pour des enfants.

Pour le compte des éditions de L’Aube, il a illustré une série de livres dont les textes ont été écrits par Pierre Rabhi, Edgar Morin, Stéphane Hessel, Michel Troisgros, entre autres. Il suffit d’y admirer son trait noir, dans la lignée des plus grands illustrateurs de presse du XXè siècle, puis de regarder le superbe travail en couleurs dans son dernier ouvrage en date aux éditions Pastel (« La fleur des marais ») pour comprendre l’étendue de sa palette et de son talent.

Chloé Perarnau

En signature dimanche 22 avril

Née en 1983 en Lorraine, Chloé Perarnau vit à Bruxelles, la ville qui l’a vue faire ses études dans la section illustration de l’Académie Royale des Beaux-Arts. C’est aussi à Bruxelles qu’elle a fondé, avec Fanny Dreyer, le fanzine pour enfants « Cuistax », un projet enthousiasmant qui regroupe quelques-unes et quelques-uns des artistes les plus originaux du moment.

Chloé Perarnau travaille l’illustration au sens large, et ses images naïves, qui peuvent avec la même élégance se satisfaire d’épure comme de compositions denses, sont visibles dans la presse (Citrus, 24h01, Le Soir, XXI,…), sur des affiches, des faire-part et bien sûr, des livres pour enfants.

Parmi les livres qu’elle a illustrés, on épinglera particulièrement les très beaux « Y a belle lurette à l’école » avec Elizabeth Brami aux éditions du Seuil, et surtout « L’orchestre, un cherche et trouve autour du monde », une œuvre personnelle publiée aux éditions L’Agrume. Voici deux livres qui donnent un aperçu de l’étendue du talent de Chloé Perarnau. Son travail graphique rappelle les ambiances douces et chaleureuses que l’on peut trouver dans les miniatures naïves qui représentent des scènes de vie quotidienne dans les villes et les campagnes, mais aussi les livres documentaires illustrés par Alain Grée dans les années 60, avec le même soin porté au détail et à la couleur – et tout cela avec une patte personnelle résolument contemporaine. Chloé Perarnau est, sans aucun doute, une illustratrice à ne pas perdre de vue !

Hugo Piette

En signature samedi 22 avril

Hugo Piette a étudié la bande dessinée à l’ESA Saint-Luc à Liège. Né en Belgique en 1980, il est tout naturellement un enfant de la ligne claire, pas celle qui se fige dans une décalque servile des grands-maîtres, mais au contraire celle qui est entrée dans la modernité avec Chaland, faisant le lien entre l’école Tintin et l’école Spirou. C’est peu dire que son dessin explose de dynamisme et de rythme, sans jamais sacrifier l’élégance d’un trait tout en pleins et déliés.

Hugo Piette a travaillé pour feue la revue Capsule cosmique, dans laquelle il a créé « Poncho et Semelle », un vrai petit bijou qui revisite les codes du western en y ajoutant un humour déjanté et une dose de fantastique (édité en albums par les éditions Sarbacane). Il a depuis lors publié, sur un scénario de Gwen de Bonneval, le récit en deux volumes « Varulf », publié chez Gallimard BD, qui lui a permis d’emmener son dessin vers des territoires plus sombres et inquiétants, dans un Moyen-Âge magique et mystérieux. Depuis quelques années, Hugo Piette est régulièrement publié par le magazine Spirou, et parfois sur des scénarios de Lewis Trondheim, ce qui a donné naissance au récent « Happy birds » (Dupuis), dont le rythme en strips met en évidence tout son génie du raccourci et de l’efficacité.

Parmi les auteurs et dessinateurs se réclamant de la ligne claire, Hugo Piette est sans aucun doute celui qui maîtrise avec le plus de brio les différents registres de son art, capable, sans rien atténuer de sa personnalité, de donner à son trait des variations subtiles qui lui permettent de porter aussi parfaitement un humour d’inspiration « slapstick » qu’un réalisme magique et noir. On l’adore !